In a Landscape · Christine Jean

28.10 > 19.12.26

Pour marquer sa première année d’ouverture, la galerie a choisi de consacrer une exposition monographique à Christine Jean, l’une des artistes de son exposition inaugurale.

Artiste majeure de la scène picturale contemporaine, Christine Jean a reçu en 2018 le prix Del Duca de l’Institut de France pour l’ensemble de son œuvre.
Paysage, contemplation, rapport sensible à la nature : sa pratique résonne tout particulièrement avec la ligne artistique de la galerie.

Cette constellation se retrouve parfois jusque dans le motif pictural de certaines pièces, celles de la série In a Landscape notamment. Leurs maillages peuvent évoquer une canopée, une toile cosmique ou les ondulations de l'eau, mais aussi ces flux invisibles qui traversent la nature.
À ce réseau de formes se superpose celui des strates. Par recouvrement, effacement ou grattage, la matière se construit et se révèle, laissant affleurer ce qui était enfoui. À la manière d’un palimpseste, l’œuvre conserve la trace de ses états successifs : chaque couche en recouvre une autre sans jamais tout à fait la faire disparaître.

La peinture devient ainsi un espace où se mêlent matière, mémoire et temporalité.

« […] créer un maillage serré de différentes qualités de couleurs, de matières opaques ou transparentes, d’épaisseur ou de finesse, de contrastes, de taches, de traces, de lignes. Avec les strates […], c’est du temps qui se révèle, tout se déroule dans un flux, tout s’articule. »*

Cette temporalité est aussi celle de l’expérimentation plastique de Christine Jean : un cheminement qui ne suppose ni direction prédéterminée, ni mouvement figé, fait d’allers–retours, de reprises et de nouveaux possibles.

« Peindre est pour moi un mode actif et dynamique de pensée qui associe le passé, le présent et le futur, les sensations et l’intuition, le travail de la main et du corps. »*

* Extraits de Peindre en mouvement. Entretien avec Christine Jean par Claire Margat. 9 septembre 2026, lacritique.org

Pensée en duo, In a landscape réunit un choix d'œuvres récentes de Christine Jean.
Son titre, emprunté à l’une des séries présentées, fait explicitement référence à la pièce musicale éponyme de John Cage, composée en 1948 pour la chorégraphe Louise Lippold, qui emplit l’atelier de l’artiste et l’accompagne dans sa création.

Peut-on alors mettre en parallèle cette œuvre, devenue une référence de la musique contemporaine, et la pratique de Christine Jean ?

La répétition cyclique des notes jouées et la lenteur du rythme appellent à la contemplation, telle une invitation à se promener mentalement comme face à un panorama naturel.
Un sentiment que l’on éprouve aussi devant une œuvre de Christine Jean.
Aussi abstraite et expressive puisse-t-elle nous apparaître, ce qui s’y joue relève du vécu et de la nature : cette sensation d’être face à quelque chose de vivant, de vibrant, qui nous dépasse, comme peut le faire un paysage. C’est à cet endroit que le parallèle trouve son écho.

Devant une huile de l’artiste, nul besoin de description : le regard ressent. Comme dans la nature, des forces et des flux souvent invisibles deviennent sensibles et tangibles. Ces énergies transparaissent à la surface.
Lumière, couleur, matière, vibrations nous emportent et nous transportent. Le regard ondule dans les petits comme les grands formats. Mais le changement d’échelle conditionne notre approche, tantôt intimiste et privilégiée, tantôt englobante et partagée.

Cependant, le travail parfois sériel de l’artiste ne relève pas de la répétition. Au contraire, la série devient le lieu de la variation et de l’invention d’espaces pluriels et colorés « liés à une mémoire vécue du paysage »*.
Cette présence du paysage est constante dans son travail, quels que soient les supports, les techniques, les formats ou les périodes.


Huiles sur bois ou sur toile, encres sur papier, petits formats ou toiles plus conséquentes : à travers une vingtaine de pièces environ, toutes réalisées entre 2025 et aujourd'hui, l’exposition propose un choix d'œuvres importantes prélevées dans l'abondant travail de Christine Jean. Aux côtés de la série récente In a Landscape, certaines peintures prolongent ou réactivent des recherches engagées de longue date.

Loin d’être la marque d’un éparpillement, cette pluralité fait partie intégrante de ce que Christine Jean nomme son « errance créative ». Une pratique qui fonctionne et se comprend en réseau, en constellation, où formes, couleurs, matières et formats dialoguent et créent des liens entre les œuvres.

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